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Manger plus de légumes quand on n'aime pas trop ça

Je vois passer beaucoup de patients persuadés qu'ils détestent les légumes : la plupart détestent surtout la façon dont on les leur a servis.

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Manger plus de légumes quand on n'aime pas trop ça

Une phrase revient régulièrement dans mon cabinet : « Les légumes, ce n’est pas pour moi. » Je l’entends sans jugement, parce que derrière elle se cache presque toujours une longue série de courgettes bouillies, de haricots fades et d’épinards en branche servis à la cantine. Le problème, ce n’est pas le légume. C’est l’histoire qu’on a construite avec lui.

Voici exactement ce que je conseille aux personnes qui partent de loin, sans grand discours culpabilisant. On ne va pas viser la perfection. On va simplement rendre les légumes plus faciles à aimer, un repas après l’autre.

Viser juste, pas viser haut

Le repère officiel du PNNS, c’est au moins 5 portions de fruits et légumes par jour, une portion représentant environ 80 à 100 g. Beaucoup de gens entendent « cinq légumes » et baissent les bras avant même d’essayer. Ce n’est pas ça : ce sont cinq portions au total, fruits et légumes confondus, ce qui change déjà la perspective.

Quand quelqu’un m’annonce qu’il n’en mange quasiment aucun, je ne lui demande pas de passer à cinq du jour au lendemain. On vise une portion de plus que d’habitude, et on tient cette portion une semaine ou deux. Passer de zéro à deux portions, c’est déjà couvrir 40% du repère quotidien : un progrès énorme pour quelqu’un qui partait de rien. Le palais, lui, suit derrière. C’est un muscle d’habitude, pas une condamnation à vie.

La cuisson

Si je devais ne retenir qu’un seul levier, ce serait celui-là. La plupart des gens qui « n’aiment pas les légumes » n’ont mangé que des légumes à l’eau, lessivés de leur goût et de leur texture. Le même légume rôti devient un autre aliment.

Le rôtissage au four, c’est ma recommandation numéro un en consultation. Un filet d’huile d’olive, du sel, un four à 200 °C, 25 à 30 minutes, et le chou-fleur, la carotte ou le brocoli caramélisent légèrement sur les bords. Ce petit goût grillé, presque sucré, n’a rien à voir avec la version bouillie. Beaucoup de mes patients qui juraient détester le chou-fleur le redécouvrent comme ça.

La poêle fonctionne aussi très bien : des courgettes saisies vif gardent du croquant, là où les courgettes mijotées s’effondrent en bouillie. La texture compte autant que le goût. Quand un légume reste un peu ferme sous la dent, il passe beaucoup mieux.

Assaisonner sans culpabiliser, c’est la moitié du travail

J’insiste là-dessus, parce que certaines personnes ont l’impression qu’un légume « bien fait » doit rester nu pour être vertueux. C’est faux, et c’est même contre-productif. Les épices et les aromates sont vos meilleurs alliés.

Du cumin sur les carottes rôties, du curry sur le chou-fleur, de l’ail et du citron sur les brocolis, du paprika fumé sur les patates douces. Une vinaigrette franche sur une salade tiède de lentilles et de légumes. Une noisette de beurre et des herbes fraîches sur des haricots verts. Rien de tout cela n’annule l’intérêt nutritionnel du légume. Au contraire, c’est souvent ce qui transforme une obligation en plaisir.

J’ajoute un détail que je répète souvent : une matière grasse de qualité aide même à absorber certaines vitamines des légumes. L’huile d’olive sur les tomates ou les carottes, ce n’est pas un péché, c’est de la bonne nutrition.

Les légumes cachés

Pour les palais les plus réticents, et pour les enfants, je conseille de commencer par les rendre presque invisibles. L’idée n’est pas de tromper indéfiniment, mais d’habituer le goût en douceur.

Les soupes et les veloutés sont parfaits pour ça. Un velouté de courgette, de potiron ou de carotte, mixé bien lisse avec un peu de pomme de terre pour la texture, fait passer une belle quantité de légumes sans qu’on ait l’impression d’en manger. On peut y glisser des poireaux, des épinards, du céleri. Une soupe maison, c’est souvent 3 à 4 portions de légumes dans un seul bol réconfortant.

La sauce tomate maison est un autre cheval de Troie excellent. On y mixe carotte, courgette, poivron, oignon : la base d’une bonne sauce pour les pâtes devient un concentré de légumes que personne ne remarque. Sur une portion de sauce, on peut facilement faire passer 100% de légumes en plus sans en changer le goût. Pareil pour une purée de pommes de terre où l’on ajoute du chou-fleur ou de la courge, ou pour un gratin qui marie féculents et légumes dans le même plat.

Voici quelques associations qui passent presque toujours, même chez les plus récalcitrants.

Le plat qu'on aime déjàLe légume qu'on y glisse
Sauce bolognaiseCarotte et courgette râpées, mixées dans la sauce
Omelette ou quicheÉpinards, poivrons, champignons
Purée de pommes de terreChou-fleur ou courge butternut
Galette ou pancake saléCourgette ou carotte râpée

Surgelé et conserve nature : oubliez la mauvaise réputation

Voici une chose que je répète à chaque consultation, parce qu’elle lève une vraie barrière : les légumes surgelés nature comptent autant que les frais. Ils sont récoltés et congelés rapidement, ce qui préserve très bien leurs vitamines et leurs minéraux, parfois mieux qu’un légume frais resté plusieurs jours dans le bac du réfrigérateur.

Le sac d’épinards, de brocolis ou de poêlée de légumes au congélateur, c’est l’assurance d’avoir toujours de quoi compléter un repas, sans épluchage ni gaspillage. Côté budget, le surgelé nature revient souvent 30% à 50% moins cher que le frais hors saison, et rien ne finit oublié au fond du bac. Pour les personnes pressées ou celles qui jettent souvent des légumes oubliés, c’est une solution que je recommande sans la moindre réserve.

Les conserves nature jouent le même rôle, à une condition : on les choisit sans sucre ni sel ajoutés, et on rince bien celles conservées en saumure. Un bon rinçage retire une part notable du sodium, parfois jusqu’à 40% sur des légumes en boîte. Des pois chiches, des haricots rouges, des cœurs d’artichaut ou des tomates pelées en boîte dépannent une assiette en deux minutes.

Le palais s’éduque

Le goût n’est pas figé. Il s’éduque à tout âge, et ça vaut autant pour un adulte que pour un enfant. Plus on rencontre un aliment dans un contexte agréable, plus on finit par l’apprécier. C’est pour ça que je conseille de réintroduire les légumes en petites quantités, en accompagnement, plutôt qu’en plat principal d’emblée.

On met d’abord deux cuillères de légumes rôtis à côté de ce qu’on aime déjà, sans pression. La semaine suivante, on monte un peu la dose. On varie aussi les formes : le même légume cru, rôti, en velouté ou râpé n’offre pas la même expérience, et l’une d’elles finira par accrocher. Inutile de se forcer sur un légume qu’on déteste vraiment quand il en existe des dizaines d’autres à essayer.

Cette progression douce s’inscrit dans une démarche plus large : celle de manger équilibré au quotidien sans transformer chaque repas en épreuve. Et la bonne nouvelle, c’est que les légumes restent l’un des meilleurs leviers pour bien manger avec un petit budget, surtout en version surgelée, en conserve ou de saison.

Ce que je retiens après des années de cabinet

Personne ne déteste vraiment « les légumes » en bloc. On déteste une cuisson, une texture, un souvenir. Le travail, en consultation comme à la maison, consiste à dénouer ça patiemment : changer la cuisson, oser l’assaisonnement, cacher au départ ce qui fait peur, et avancer d’une portion à la fois.

Je n’ai jamais vu cette approche échouer quand on lui laisse quelques semaines. Le palais s’adapte, l’assiette se colore, et un jour la personne me raconte, presque surprise, qu’elle a eu envie de légumes. C’est là que je sais que c’est gagné, durablement.

Le PNNS recommande au moins 5 portions de fruits et légumes par jour, une portion représentant environ 80 à 100 g. Si vous partez de très bas, ne visez pas ce chiffre d’emblée : ajoutez une portion de plus que d’habitude et tenez-la quelques semaines avant d’augmenter. La progression compte plus que la performance immédiate.
Oui. Les légumes surgelés nature sont congelés rapidement après la récolte, ce qui préserve très bien leurs vitamines et minéraux, parfois mieux qu’un légume frais resté plusieurs jours au réfrigérateur. Ils coûtent souvent moins cher, se conservent longtemps et évitent le gaspillage. Je les recommande sans réserve, tout comme les conserves nature sans sel ni sucre ajoutés.
Le plus souvent, ce n’est pas le légume en cause mais la façon dont il a été préparé. Des légumes bouillis et fades laissent un mauvais souvenir durable. Le même légume rôti au four, sauté à la poêle ou bien assaisonné devient un tout autre aliment. Le goût s’éduque à tout âge, donc rien n’est figé.
C’est une excellente porte d’entrée, surtout au début ou avec des enfants réticents. Soupes, veloutés, sauces tomate enrichies ou purées mixées permettent d’augmenter sa consommation sans appréhension. L’objectif reste ensuite d’apprivoiser aussi les légumes plus visibles, mais commencer par les rendre discrets aide vraiment à habituer le palais en douceur.
Sophie Aubert

Écrit par

Sophie Aubert

Diététicienne-nutritionniste depuis 12 ans en cabinet, Sophie aide ses patients à manger mieux sans frustration ni complication. Elle partage ici une nutrition de bon sens, fondée sur les preuves et pas sur les modes.