Chaque semaine, au moins trois ou quatre patients me posent cette question. Ils arrivent souvent avec un chiffre en tête, lu sur un blog de fitness ou entendu à la salle de sport. Ce chiffre est généralement deux à trois fois au-dessus de ce dont ils ont vraiment besoin. Je leur explique la réalité, et c’est ce que je vais faire ici.
0,83 g/kg : la référence officielle de l’ANSES
L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) fixe le besoin à 0,83 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel et par jour pour un adulte sain. Pas 2 g/kg. Pas 1,5 g/kg par défaut. 0,83 g/kg.
Pour une personne de 70 kg, ça représente environ 58 grammes par jour. Ce chiffre couvre également, selon le PNNS, entre 10 et 20 % de l’apport énergétique total quotidien. Les protéines sont importantes, mais elles ne doivent pas écraser les glucides et les lipides dans l’assiette.
Calculer
La formule est directe : poids en kg multiplié par 0,83. Une personne de 60 kg aura besoin d’environ 50 g/jour ; une personne de 80 kg, de 66 g/jour. Ce tableau illustre les ordres de grandeur pour les poids les plus fréquents que je rencontre en consultation.
| Poids | Besoin de base (adulte sain, ANSES) |
|---|---|
| 55 kg | environ 46 g/jour |
| 65 kg | environ 54 g/jour |
| 75 kg | environ 62 g/jour |
| 85 kg | environ 71 g/jour |
Ces valeurs changent selon l’âge et l’activité physique. J’y reviens dans les sections suivantes.
Répartir sur les 3 repas de la journée plutôt que tout concentrer au dîner
Beaucoup de personnes que je reçois consomment peu de protéines au petit-déjeuner, un peu à midi, puis concentrent 60 à 70 % de leur apport au dîner. Ce schéma est très répandu et loin d’être idéal.
La synthèse protéique musculaire fonctionne mieux quand les protéines arrivent en quantités modérées à chaque repas. Trois apports de 15 à 25 grammes dans la journée font davantage sens qu’un seul grand repas hyperprotéiné.
Voici à quoi ça peut ressembler en pratique :
Au petit-déjeuner, 2 œufs brouillés apportent environ 12 à 13 g (données Ciqual, pour 100 g), complétés par un fromage blanc à 7-8 g, soit déjà 15 à 20 g avant de quitter la maison. À midi, 100 g de poulet cuit fourniront 25 à 30 g supplémentaires, et une portion de lentilles en salade (environ 8 à 9 g pour 100 g cuit) complète bien l’apport. Le soir, du tofu sauté (12 à 15 g pour 100 g) avec des légumes et une tranche de pain complet suffit à boucler la journée autour de 55 à 65 grammes.
Sources
Je n’oppose jamais viande et légumineuses dans mon cabinet. Ces deux catégories sont complémentaires.
Côté animal (pour 100 g, données Ciqual) :
| Aliment | Protéines |
|---|---|
| Poulet cuit | 25 à 30 g |
| Oeuf entier | 12 à 13 g |
| Skyr nature | 10 à 11 g |
| Fromage blanc 0 % | 7 à 8 g |
| Yaourt nature | 3,5 à 4 g |
Côté végétal (pour 100 g cuit ou tel quel, données Ciqual) :
| Aliment | Protéines |
|---|---|
| Tofu nature | 12 à 15 g |
| Lentilles cuites | 8 à 9 g |
| Pois chiches cuits | 8 à 9 g |
Le PNNS recommande de consommer des légumes secs au moins 2 fois par semaine. Je pousse souvent à 3 ou 4 fois : une portion de 150 g de lentilles cuites coûte moins de 0,30 euro et apporte environ 13 g de protéines. C’est économique, riche en fibres, et parfaitement compatible avec un apport protéique solide. Pour intégrer ces aliments sans exploser le budget, ce guide sur le bien manger à petit prix propose des exemples concrets et reproductibles.
Pour comparer en détail le skyr, le fromage blanc et le yaourt nature, ce comparatif détaille les teneurs en protéines et les situations où chacun est plus utile.
Quand l’activité physique change la donne
À partir du moment où quelqu’un s’entraîne sérieusement, disons 3 séances par semaine avec un vrai effort physique, la référence de 0,83 g/kg devient insuffisante. Les repères habituels dans la littérature scientifique se situent entre 1,0 et 1,2 g/kg par jour, parfois au-delà selon l’intensité et l’objectif.
Je ne donne pas de chiffre universel ici, car tout dépend du contexte. Ce que je recommande systématiquement : augmenter progressivement, surveiller la récupération, et ne surtout pas sacrifier les glucides pour gonfler les protéines. Les deux sont nécessaires.
Ce qui change après 65 ans, concrètement
Le vieillissement s’accompagne d’une réduction de l’efficacité de l’utilisation des protéines alimentaires, phénomène que les scientifiques appellent résistance anabolique. Pour compenser, les recommandations pour les personnes âgées se situent généralement entre 1,0 et 1,2 g/kg par jour, parfois davantage en cas de fragilité ou de sarcopénie avérée.
C’est un sujet qui me tient particulièrement à coeur. J’ai vu des patients de 70 ou 75 ans sous-manger les protéines par peur du cholestérol ou par manque d’appétit, et perdre progressivement masse musculaire et autonomie. Un yaourt skyr au petit-déjeuner apporte déjà 10 à 11 g de protéines. Simple à intégrer, même quand l’appétit est capricieux.
Quatre idées fausses que j’entends en consultation chaque semaine sans exception
“Il faut de la whey après chaque séance.” La whey est pratique, mais absolument pas indispensable pour qui mange équilibré. Un skyr ou deux oeufs font exactement le même travail.
“Les protéines végétales sont incomplètes.” Cette affirmation est vraie à l’échelle d’un aliment isolé, mais pas à l’échelle d’une journée. En combinant légumineuses et céréales sur 24 heures, on couvre la totalité des acides aminés essentiels. Pas besoin que ce soit dans le même repas.
“Manger beaucoup de protéines fait grossir.” Les protéines sont au contraire rassasiantes. Ce qui fait grossir, c’est un excès calorique global, quelle que soit la source.
“Les seniors doivent manger léger.” Pour les protéines, c’est précisément l’inverse. Voir la section précédente.
Pour aller plus loin sur l’équilibre alimentaire au quotidien, la méthode que j’utilise avec mes patients pose de bonnes bases pratiques, repas par repas.

